Kit Argumentaire de mobilisation
Le nombre et les types de demandes d’étudiant-es étrangèr-es en galère reçues tous les jours par les différents RUSF depuis la mise en place progressive des frais différenciés permettent de faire un constat commun : le paiement de cette somme à chaque rentrée universitaire a un effet catastrophique sur les conditions de vie et d’études des étudiant-es étrangèr-es, sans oublier celleux qui n’ont pu y accéder faute de pouvoir rassembler la somme, nombreux-ses dans les pays les plus défavorisés. Les effets sont directs sur les besoins de base, notamment l’alimentation et le logement. La situation d’endettement créée par ces frais raciste est accentuée par la suppression des APL pour les étudiant-es extra-communautaires, l’augmentation du coût des demandes de titres de séjour, et la fabrication politique des sans papiers, dont participe en large part la circulaire Retailleau de 2025 qui supprime notamment la possibilité d’obtenir un accueil exceptionnel au séjour (AES) au titre d’études (et automatise la délivrance d’une OQTF en cas de refus de titre). Étudier sans avoir de titre de séjour implique de ne pas pouvoir trouver de job étudiant, ni d’avoir droit à une bourse ou un logement CROUS, et complique très fortement l’accès au logement privé. Également, sans titre de séjour, impossible de faire de stage ou d’alternance pour valider son année universitaire Les exonérations de frais d’inscription, encore appliquées massivement par certaines universités, permettent de limiter la casse mais impliquent tout de même de devoir payer la somme avant de pouvoir se la faire rembourser (souvent partiellement).
Rappelons aussi que la suppression et les inégalités d’accès aux aides sociales pour les étudiant-es étrangèr-es n’empêche pas ces dernièr-es de remplir les caisses de l’État via notamment les taxes liées à leurs consommations quotidiennes notamment la TVA, et leurs cotisations sociales salariales pour la grande part d’entre elleux qui travaillent (même sans papier).
Campus France a même quantifié l’impact économique des étudiant-es étranger-es à un solde positif net de 1,35 milliard d’euros (https://www.campusfrance.org/fr/les-etudiants-internationaux-un-apport-de-5-milliards-d-euros-a-l-economie-francaise). Un argument opportuniste, mais qui écarte au moins définitivement le débat économique sur le « coût » des étudiant-es étrangèr-es pour le budget public.
Oui, l’expérience britannique laisse penser que cela est la première étape. Les frais différenciés pour les étudiant-es étranger-es ont d’abord été présentés comme une mesure ciblée de financement, mais ils ont été suivis, au Royaume-Uni, par une généralisation des frais à l’ensemble des étudiant-es à partir de 1998, puis par de fortes hausses en 2004 et 2010–2012.
Cette exemple montre qu’une fois le principe des frais accepté pour une catégorie d’étudiant-es, il peut servir à légitimer leur généralisation dans un contexte de sous financement des universités.
L’augmentation des frais d’inscription est un projet politique néolibéral visant d’abord à la création d’une dette étudiante, et donc le développement de crédits aux étudiants : une manne financière d’importance pour le secteur bancaire. C’est très clair dans une note des Macronleaks rédigée par un économiste pour soutenir la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron dès 2016 (https://academia.hypotheses.org/9135).
Non. Même les président-es d’université contestent cet argument. Dans un communiqué publié le 22 avril, France Universités, qui regroupe les président-es d’université s’oppose à ce projet et rappelle que « l’application des droits différenciés ne pourra, en aucun cas, constituer une réponse magique au sous-financement chronique des universités ».
L’exemple britannique montre que malgré une augmentation conséquente et abrupte des frais d’inscription universitaires, notamment pour les étudiant-es étrangèr-es, le système universitaire du pays est en crise de financement structurel. La logique marchande introduite dans l’Université ne s’est en aucun cas substituée au besoin de financement public. La politique d’augmentation des frais d’inscription des étudiant-es étrangèr-es ne permet donc pas de mieux financer les universités : il s’agit bien d’une politique raciste de préférence nationale ; couplée à une volonté d’imposer plus durablement la logique marchande dans l’enseignement supérieur public.
L’augmentation des frais d’inscription est un projet politique néolibéral visant d’abord à la création d’une dette étudiante, et donc le développement de crédits aux étudiants : une manne financière d’importance pour le secteur bancaire. C’est très clair dans une note des Macronleaks rédigée par un économiste pour soutenir la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron dès 2016 (https://academia.hypotheses.org/9135).
C’est tout simplement démanteler la recherche française de l’intérieur : 38 % des doctorant-es en France sont des étranger-es, contre 25 % en moyenne dans l’UE.
Les disciplines STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) paieront le prix fort : un tiers des doctorant-es étranger-es travaillent en mathématiques et informatique — les disciplines qui alimentent directement la recherche française. Les étudiant-es originaires d’Asie sont particulièrement surreprésenté-es en doctorat (15 % contre 9 % en moyenne), et ce sont précisément elles et eux qu’on s’apprête à empêcher d’étudier en France.
Ce sont nos masters qui sont en jeu, pas seulement nos labos : 75 000 étudiant-es étranger-es hors Union européenne sont inscrit-es en master en France.
Source : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/sites/default/files/2025-03/ni-sies-2025-05-36367.pdf
À partir des années 1960, le Royaume-Uni connaît une double dynamique : d’une part, une massification de l’accès à l’enseignement supérieur, et d’autre part un durcissement progressif des politiques migratoires dans un contexte de résurgence des discours racistes et nationaliste dans le débat politique. C’est dans ce contexte qu’entre 1966 et 1967, le gouvernement travailliste introduit des droits d’inscription différenciés pour les étudiant-es étranger-es. Officiellement, cette mesure est justifiée par la nécessité de financer l’enseignement supérieur britannique. Face aux mobilisations, le gouvernement accompagne toutefois cette réforme par la mise en place d’aides destinées aux étudiant-es les plus précaires.
En 1980, le gouvernement conservateur franchit une étape en imposant aux étudiant-es étranger-es hors CEE (Communauté Économique Européenne) le paiement de l’intégralité des coûts de leur formation. Cette réforme marque une rupture importante : sans plafonnement réel des droits différenciés, elle introduit progressivement une logique de marché dans l’enseignement supérieur, où les étudiant-es sont maintenant considérés comme des client-es.
À partir de 1998, le gouvernement travailliste étend cette logique aux étudiant-es britanniques et communautaires en instaurant des frais d’inscription de 1 000 livres sterling (environ 1 200 euros par an), puis en les augmentant à 3 000 livres sterling (environ 3 600 euros) en 2004. Cette évolution est poursuivie et accentuée entre 2010 et 2012 par le gouvernement libéral-conservateur, qui relève les frais à 9 000 livres sterling, soit environ 11 000 euros par an pour les étudiant-es britanniques et européen-nes.
Aujourd’hui, le système universitaire britannique fait face à une crise de financement structurelle. Le budget des universités repose largement sur les droits d’inscription, en particulier ceux des étudiant-es étranger-es, mais ces ressources restent insuffisantes pour couvrir l’ensemble des coûts de fonctionnement des universités.
Pour résumer, l’expérience britannique met en évidence plusieurs choses. Elle confirme d’abord le caractère inégalitaire et raciste des droits d’inscriptions différenciés. Elle montre ensuite que leur mise en place s’inscrit dans un contexte d’austérité budgétaire et contribue à diffuser une logique de marché dans l’enseignement supérieur, et qui à termes touches l’ensemble des étudiant-es. Enfin, elle souligne qu’un financement fondé principalement sur les droits d’inscription ne peut pas se substituer durablement à un financement public de l’enseignement supérieur
Pour comprendre la mise en place du décret Baptiste, il nous faut revenir en 2018 avec la loi « Bienvenue en France »
En novembre 2018, le gouvernement d’Édouard Philippe présente une série de mesures, dont l’objectif annoncé est d’accueillir plus d’étudiant-e-s étranger-ère-s en France, avec un objectif de 500 000 en 2027. Ces mesures sont également censées favoriser le départ à l’étranger d’un plus grand nombre d’étudiant-e-s français-es.
Un des buts affichés du programme « Bienvenue en France » est de rattraper la progression du nombre d’étudiant-e-s faisant leurs études dans certains pays. En effet, même si la France attire toujours, puisqu’elle est alors le 4ᵉ pays d’accueil d’étudiant-e-s internationaux-ales au monde et le 1er pays non-anglophone, le nombre d’étudiant-e-s qu’elle attire augmente moins rapidement d’année en année que dans d’autres pays, comme l’Allemagne, le Canada, la Chine, etc. Si l’idée est d’attirer des étudiant-e-s étranger-ère-s en France, ce que ce projet ne dit pas, c’est quels-quelles étudiant-e-s étranger-ère-s il veut attirer.
L’une des mesures principales est la multiplication des frais d’inscription pour les étudiant-e-s extra‐européen-ne-s, jusqu’à 16 fois plus que pour les étudiant-e-s européen-ne-s : la licence passe de nos jours à 2895€ contre 178€ la licence par an et 3941€ contre 254€ par an le master.
Cette augmentation est présentée comme amenant plus d’équité, au prétexte que les étudiant-e-s nationaux-ales paieraient plus d’impôts, ce qui est faux, les étudiant-e-s étranger-ère-s payant également des impôts au travers des taxes comme la TVA, cotisations, etc.
Selon les chiffres de l’époque, les étudiant-e-s étranger-ère-s rapportaient 4.5 milliards pour un coût de 3 milliards. Cette mesure est surtout un moyen d’imposer une sorte de filtre : si jusque-là, la majorité des étudiant-e-s étranger-ère-s extra‐européen-ne-s venaient d’Afrique du Nord ou d’Afrique subsaharienne, l’augmentation des frais d’inscription vise à séduire des étudiant-e-s originaires principalement de pays plus riches, qui choisissaient généralement d’autres pays que la France pour étudier. Il s’agit donc d’une mesure éminemment discriminatoire, raciste, visant à choisir les étudiant-e-s venant étudier en France selon leur pays, et excluant quasi-systématiquement par les frais d’inscriptions les étudiant-e-s venant de pays plus pauvres.
Le projet annonce également que parmi les étudiant-e-s internationaux-ales, « les meilleurs-meilleures d’entre eux-elles, qu’ils-elles viennent de pays émergents ou à bas revenus, […] bénéficieront d’exonérations ou de bourses ». Il y a ainsi une mise en concurrence des étudiant-e-s entre eux-elles, une concurrence inégale de plus, des étudiant-e-s précaires étant mis-es en compétition avec des étudiant-e-s plus aisé-e-s n’ayant pas autant besoin de s’inquiéter, et étant de fait dans de meilleures conditions pour réussir leurs études. Avec la loi bienvenue en France seulement 1000 étudiant-e-s de plus entre 2018 et 2026 ont pu bénéficier des bourses du gouvernement français (BGF) soit 8000 étudiant-e-s étranger-ère-s sur environ 443 000 étudiant-e-s étranger-ère-s.
Sans oublier que seulement 10% des étudiant-e-s (hors boursier-ère-s, pupilles de la nation) peuvent être exonéré-e-s « par le président-e de l’établissement en application de critères généraux et des orientations stratégiques fixés par le conseil d’administration » bien que plusieurs universités soient au-dessus de ce pourcentage. Par exemple à Montpellier suite aux diverses mobilisations, tous-toutes les étudiant-e-s étranger-ère-s sont exonéré-e-s à l’université de Montpellier et à Paul Valéry tant que les étudiant-e-s étranger-ère-s valident leur année ils-elles sont exonéré-e-s.
L’autre face du programme « Bienvenue en France » est celle censée favoriser le rayonnement de l’enseignement supérieur français à l’étranger. Il s’agit pour cela de construire une offre de formation française à l’étranger, le but étant de doubler le nombre d’étudiant-e-s par rapport à l’existant. Si on s’intéresse aux endroits où sont ou seraient implantés ces établissements français à l’étranger, on retrouve parmi les pays en accueillant le plus lors de l’annonce des mesures (Maroc, Vietnam, Chine, Liban et Tunisie) et parmi les pays où des projets sont en cours (Sénégal, Côte d’Ivoire) beaucoup d’anciennes colonies françaises.
Ainsi, il est difficile de ne pas voir deux choses principales dans cette mesure : une volonté que les étudiant-e-s étranger-ère-s originaires de ces pays ne viennent plus en France mais suivent l’enseignement supérieur français directement sur place, et un héritage colonial, cette mesure n’assurant même pas forcément un enseignement supérieur aux étudiant-e-s étranger-ère-s ne pouvant plus se permettre d’aller en France à cause de l’augmentation des frais d’inscriptions.
Enfin, parmi ces mesures, on retrouve également la création d’un label dédié, le label « Bienvenue en France ». Vendu comme permettant aux étudiant-e-s étranger-ère-s de repérer les universités leur offrant le meilleur accueil, ce label est également un moyen permettant au gouvernement de conditionner l’attribution de fonds aux universités : délivré sur candidature, mais permettant l’accès à des crédits du fond d’amorçage « Bienvenue en France », un label apparemment optionnel devient nécessaire pour obtenir plus de fonds. De plus, il s’agit encore ici d’une hiérarchisation des établissements entre eux-elles, les universités prestigieuses à gros budget étant bien plus susceptibles de récupérer le label rapidement que des universités plus petites et moins bien dotées.
En avril 2025, sur 370 établissements membres du forum Campus France, moins de la moitié (160) ont été labellisés. Le label est également intéressant pour les établissements d’enseignement supérieur au-delà des crédits alloués sur la seule labellisation : il est nécessaire d’être labellisé pour pouvoir participer aux appels à projet « Bienvenue en France », et donc récupérer des fonds supplémentaires. Ce label est donc un énième moyen pour le Gouvernement de donner aux Universités des conditions et des espoirs de financements, la réduction de ces derniers rendant ce label « optionnel » important à obtenir malgré tout.
Pour résumer : le véritable objectif du plan « Bienvenue en France », plus que d’augmenter le nombre d’étudiant-e-s internationaux-ales venant en France, est de sélectionner les étudiant-e-s étranger-ère-s sur la base de leurs ressources, en laissant de côté les plus précaires et en triant de manière raciste les étudiant-e-s selon qu’elles-ils viennent de pays riches ou au contraire de pays plus pauvres, et principalement d’Afrique.
Dans une dépêche sur AEF publiée le 29/01/2026 nous apprenons que le gouvernement souhaite engager un « travail », dans les prochaines semaines, pour « renforcer la sélectivité des étudiant-e-s étranger-ère-s ». « L’objectif est de réfléchir à une meilleure efficacité dans l’accueil et aux besoins que l’on peut avoir aujourd’hui dans les universités. »
La semaine de fin avril 2026, nous apprenons que le ministre actuel de l’ESR, Philippe Baptiste, décide de publier un décret dans son plan/stratégie « Choose France For Higher Education » (Choisissez la France pour vos études supérieures) afin d’empêcher les exonérations des étudiant-e-s étranger-ère-s. Le décret instaure une règle de proportionnalité stricte : les exonérations ne peuvent bénéficier à plus de 10 % des étudiant-e-s de la Catégorie I (européen-ne-s), et respectivement à plus de 10 % des étudiant-e-s de la Catégorie II (extra-communautaires) inscrit-e-s dans l’établissement. Le terme « respectivement » est crucial, car il signifie que le quota d’exonération ne porte plus sur l’ensemble global des inscrit-e-s.
Par exemple, imaginons une université avec :
– 1 000 étudiant-e-s européen-ne-s
– 200 étudiant-e-s extra-communautaires
Avec la nouvelle règle du décret :
– au plus 100 Européen-ne-s peuvent être exonéré-e-s (10 % de 1 000)
– au plus 20 extra-communautaires peuvent être exonéré-e-s (10 % de 200)
Même si l’université n’a utilisé que 20 exonérations pour les Européen-ne-s, elle ne peut pas donner plus de 20 exonérations aux étudiant-e-s extra-communautaires, parce que leur quota est séparé.
Pour conclure, nous avons l’aspect raciste et colonial de la loi bienvenue en France ainsi que du Décret Baptiste visant notamment à empêcher l’exonération des étudiant-e-s extracommunautaires (hors union européenne). Enfin, tout cela nous montre que le projet du gouvernement est à terme de préparer le terrain pour l’augmentation généralisée des frais d’inscriptions pour tous-toutes les étudiant-e-s.
Kit Matériel de mobilisation




Motions voter contre les frais d’inscriptions différenciées
Prochaine date de mobilisation
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Mercredi 10/06/2026
Montpellier : Rassemblement 18h30 devant la préfecture (place des Martyrs-de-la-Résistance)
Marseille : A PARTIR DE 13H30 PL. FELIX BARET MARSEILLE
Toulon : à venir
Saint-Etienne : à venir
Grenoble : à venir
Paris : Manifestation RDV à partir de 15 h 30 / Place de la Nation puis cortège vers la Direction Générale des Etrangers en France (DGEF) 20 rue des Pyrénées, où une audience sera demandée.
Bordeaux : à venir
Dimanche 21/06/2026
Paris : à venir